« La Jeunesse dorée d’Instagram a tué les graffeurs »

Article du site Web Numerama: Instagram et les réseaux sociaux sont-ils en train de tuer le street art ?


En avril dernier, Nicola Harding et Rachel E Smith, étudiantes en philosophie à l’Université de Manchester ont présenté leur recherche sur le rôle des réseaux sociaux et l’essor du Street art. Elles ont cherché à déterminer si son succès numérique illustre le caractère contestataire du mouvement ou s’il a favorisé sa commercialisation.
Le graffiti, une des variantes de l’art urbain,  est né dans la rue des mouvements contestataires à la fin des années 1960. Il est un moyen expression de la culture Hip-Hop aux Etats-Unis au cours des années 1970-80. En France, il est celui de la manifestation de mai 68. Rapidement à travers le street art, on dénonce le bouleversement de la société de l’époque induit par  les évolutions sociales, économiques et technologiques de cette nouvelle société moderne. Il réunit toutes les formes d’art réalisées dans la rue, ou dans des endroits publics selon des techniques différentes. Art éphémère de la rue et dans la rue, il est accessible à tous. L’artiste communique directement avec nous sans intermédiaire.
Aujourd’hui avec l’ére digitale, il est omniprésent sur réseaux sociaux. Outil à double-tranchant, les réseaux sociaux ont permis de rendre ce mouvement encore plus populaire et plus accessible à tous. Les artistes eux-même diffusent leurs travaux sur Instagram, lieu virtuel public où l’internaute intéragit directement avec l’artiste, il  peut dire si oui ou non il a aimé, laisser un commentaire comme dans les livres d’or des musées.
Mais le public s’est éloigné du mur réel et physique. Le street art est devenu banal, on publie une photographie prise à la volée dans la rue avec son smartphone comme on publie le dernier vidéo-clip à la mode. L’internaute se retrouve devant un choix d’images inestimable, il ne voit plus la portée du message que l’artiste a transcrit. Il est dénaturé de son sens  originel, des valeurs qu’il revendique.
Les techniques du graffiti sont devenues également plus accessibles, le changement d’approche conduit à un changement d’acteurs. Le stéréotype du graffeur est une personne issue d’une classe sociale défavorisée qui proteste contre la société. Les nouveaux acteurs ont des ressources économiques plus importantes, ils amènent le street art dans les musées, les galeries, ils participent à l’institutionnalisation de l’art urbain. Pour citer N.Harding, « plus le statut et la richesse sont élevés, plus légitime vous apparaissez dans l’espace public (à tort ou à raison). »
Effet de mode et signe de jeunesse, le Street art est recherché par les plus aisés. Hier une mairie criait au vandalisme à l’apparition d’un graffiti ou d’un simple tag et elle la faisait repeindre aussitôt, aujourd’hui elle met à disposition des espaces pour dialoguer avec ses citoyens, pour se montrer en phase avec la société actuelle. Ce changement de mentalité émane aussi des artistes.
Les graffeurs utilisent le système qu’ils critiquaient pour le modifier depuis l’intérieur. Ils s’intègrent à la société comme sur Internet, ils s’impliquent localement et socialement. L’idéologie originale persiste chez les artistes âgés de 30-40 ans, les anciens qui avaient 15-20 ans quand on ignorait cet art.

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